1. La patience en agriculture biologique est payante (Écrit par Lilianne Nyatcha, pour Agro Radio Hebdo, à Douala, Cameroun)
Date publiée: 28 avril 2008
Sur les 150 hectares de champs de Jean Pierre Imele, situés dans la région agricole du Moungo, dans le littoral du Cameroun, la diversité des plants impressionne. Ici, c’est une étendue interminable de manguiers, là d’ananas et plus loin d’avocatiers.
Cela fait vingt ans que cet ingénieur spécialisé en agro-météorologie et agriculture biologique a opté pour une culture exclusivement biologique. Il dit que son choix a été idéologique. Il a vu le potentiel de la culture biologique comme une vraie alternative au sous-développement et à la dépendance des pays pauvres vis-à -vis de l’agro-industrie chimique.
Cependant, les débuts ont été très difficiles. M. Imele reconnait que c’était même décourageant. Il dit qu’il a recruté des petits agriculteurs mais qu’il fallait être patient afin de convaincre ses collaborateurs de la valeur de l’agriculture biologique et de les former sur les techniques de culture biologique. Le concept du traitement préventif des sols et des plantes, qui est très important afin d’éliminer le besoin d’utiliser des produits chimiques, est nouveau pour ce groupe d’agriculteurs. De plus, il fallait attendre trois mois avant la première récolte.
Avec le temps, la persévérance a payé. M. Imele travaille maintenant avec plus de 30 petits agriculteurs en les formant sur les techniques biologiques et en achetant leurs produits biologiques. Jean-Marie Tsop est un des collaborateurs. À première vue, il n’était pas sûr à propos l’approche biologique, mais il a vite constaté qu’elle est rentable. M. Tsop dit qu’il peut produire plus sur son hectare de terre en utilisant des techniques organiques qu’il ne pouvait le faire quand il utilisait des produits chimiques.
M. Imele et ses collaborateurs ont maintenant une production annuelle qui oscille entre 600 et 800 tonnes de fruits tels que des ananas, des fruits de la passion, de l’aloès vera et des avocats. 50 % des fruits sont exportés vers l’Union Européenne. Et indirectement, les confitures à base de ces fruits vont vers les États Unis, le Japon et l’Australie. La clientèle étrangère est exigeante. Chaque année, des experts européens assermentés viennent faire des contrôles sur place avant de lui délivrer une certification, indispensable avant l’exportation.
Le reste de sa production est transformée sur place en jus, et exportée en partie vers l’Europe. Une autre partie est vendue avec les fruits dans sa boutique, Bio Nature, ouverte dans un quartier périphérique de Douala. M. Imele dit que ses clients sont hypertendus, obèses ou diabétiques. Mais, pour l’essentiel, ce sont des gens cultivés, qui connaissent les enjeux sanitaires et écologiques des produits biologiques.
Sur la question des prix, jugés élevés par les petites bourses, Jean Pierre Imele répond que ce sont des idées reçues. Il dit que la chaîne de production qu’il a mise en place contribue largement à amortir les frais de production car elle valorise tout, même les déchets. Selon M. Imele, cette chaîne fait en sorte que les produits biologiques sont rentables pour l’agriculteur et abordables pour le consommateur.
Au Cameroun, il n’existe pas encore de cadre légal qui réglemente le secteur, lequel fonctionne sur la base des cahiers de charges internationaux. Jean Pierre Imele espère que ce vide sera vite comblé. Notamment, pour la trentaine de petits producteurs indépendants qu’il encadre. Aujourd’hui, le quadragénaire rêve d’un réseau d’écoles d’ingénieurs au Cameroun, qui enseigneraient la culture biologique.

