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1. Cameroun: les éleveurs de poulets découragés par les pénuries de maïs et la cherté des engrais (Lilianne Nyatcha pour Agro Radio Hebdo à Douala, au Cameroun)

Francois Fofack élève 2000 poulets dans sa petite ferme de Douala. Depuis près de 6 mois, alors que le prix du maïs a augmenté de façon fulgurante, les coûts liés à l’élevage de ses poulets ont augmenté que de 40%. Il est à peu prêt impossible de récupérer ses coûts sur le marché. Très peu de personnes sont prêtes à payer plus pour leurs poulets. À la fin de la journée, M. Fofack doit faire une décision difficile : vendre les poulets à prix réduit ou les prendre à la maison, où il peut à peine se permettre de les nourrir. Dans ses conditions, il n’arrive plus à faire des profits.

L’expérience de M. Fofack illustre une crise majeure que le secteur avicole traverse, au Cameroun: celle de l’insuffisance de l’offre en maïs. Et les éleveurs sont effondrés tant les dégâts sont importants.

Cette pénurie dure depuis déjà quelques mois. Conséquence: les agriculteurs comme M. Fofack ont dû brader prématurément une partie de leurs poulets sur le marché local pour éviter de cumuler davantage de pertes. En effet, insuffisamment nourris, les poulets prennent plus de temps à devenir mâtures et coûtent donc plus cher au fermier.

François Djonou est accouveur à Douala. Son cheptel compte 32000 unités. Dans les prochains mois, il envisage le réduire à 20000 pour alléger la facture du manque à gagner. En effet, l’aviculteur affirme avoir déjà dû étouffer environ 54000 poussins d’un jour, faute de preneurs. La rareté du maïs - base de l’alimentation des poulets - décourage les éleveurs, lesquels s’abstiennent d’acheter aux accouveurs les poussins d’un jour, par peur de les perdre faute d’aliments.

Pour l’instant, François Djonou dit ne pas avoir de solution. Le blé – produit importé qui peut remplacer le maïs — est encore plus cher. Mais il a entrepris des discussions avec des producteurs de maïs qu’il entend pré-financer pour leur permettre soit d’agrandir leurs parcelles soit de combiner celles déjà existantes, et garantir ainsi son approvisionnement. Cette solution ne sera cependant realisable que l’année prochaine.

La crise a commencé en fin mai, souligne Mme Florence Tobouh. Elle vend du maïs aux éleveurs. Elle explique qu’à la même période l’année dernière, elle chargeait très facilement 20 tonnes de maïs dans les camions, à partir des marchés ruraux de l’ouest du Cameroun. Actuellement, elle réunit péniblement 12 tonnes, et c’est la première fois en 15 ans de métier qu’elle assiste à une telle situation.

L’incidence sur le prix de l’aliment a été marquée. En 2006, le kilo de maïs coûtait 90FCFA (approximativement 20 dollar américains ou 0,14 euros). Il est passé à 160FCFA en septembre 2008. Certains spéculent que les revendeurs de maïs contribuent aussi à la volatilité des prix du maïs.

Cependant, selon Joseph Takam, éleveur et cultivateur de maïs à Bafoussam, dans l’ouest du pays, l’augmentation du prix des fertilisants chimiques est la vraie raison derrière l’augmentation du prix de la nourriture. Le sac de fertilisant chimique est passé de 11000 à 20000 FCFA (environ 45 dollars américains ou 17 euros).

Par exemple, en 2007, pour ses 100 hectares de culture, qui produisent 600 tonnes de maïs par an, il a dû utiliser 30000 kg d’engrais. Cette année, avec la hausse croissante des fertilisants chimiques, il n’a pu acheter que 70% de la quantité nécessaire pour toute sa parcelle. Pour la première fois, une portion de son terrain a été fertilisée avec des fientes de poulets de sa ferme. Mais, parce qu’il ne maîtrise pas cette nouvelle technique d’enrichissement des plants de maïs, sa récolte a baissé d’au moins 25 %. Et Joseph Takam dit qu’il a été obligé d’ajuster ses prix pour pouvoir amortir ses investissements.
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