Ă lâoeil nu, le maĂŻs ou le soja gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ© ressemble Ă du maĂŻs ou du soja conventionnel. Ce nâest que lorsquâon examine un grain au microscope que lâon dĂ©couvre que les gĂšnes de lâorganisme ont subi des altĂ©rations.Les organismes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s, ou OGM, sont dĂ©finis comme tout organisme vivant dont le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique a Ă©tĂ© modifiĂ© artificiellement. Le dĂ©bat sur leur dĂ©veloppement et leur utilisation est un sujet Ă controverse. Les promoteurs de cette biotechnologie affirment que les OGM peuvent aider Ă rĂ©soudre la faim dans le monde, mais les opposants affirment que les OGM pourraient mettre en danger la santĂ© humaine et pourraient menacer les ressources gĂ©nĂ©tiques naturelles.
Certains pays africains ont interdit les OGM. En mars 2008, le gouvernement bĂ©ninois a votĂ© pour la prolongation dâun moratoire sur les OGM, initialement adoptĂ©e en 2002. En vertu de la loi, les OGM et de leurs dĂ©rivĂ©s ne peuvent ĂȘtre importĂ©, vendu ou utilisĂ© au BĂ©nin, pour au moins les cinq prochaines annĂ©es.
Jeanne ZoundjihĂ©kpon est professeur Ă la facultĂ© des sciences agronomiques Ă lâUniversitĂ© dâAbomey-Calavi, au BĂ©nin. Elle fait Ă©galement partie de lâorganisation GRAIN, une ONG qui estime que la diversitĂ© biologique est essentielle Ă la sĂ©curitĂ© alimentaire. Avec lâorganisation GRAIN, elle milite contre les OGM en Afrique francophone.
Le professeur ZoundjihĂ©kpon considĂšre que la dĂ©cision du gouvernement BĂ©ninois de reconduire, pour une autre pĂ©riode de 5 ans, un moratoire sur les OGM est une victoire pour les agriculteurs et les consommateurs bĂ©ninois. Elle dit que cela permettra de prendre plus de recul en ce qui concerne les impacts quâont les OGM sur lâenvironnement et la santĂ© humaine.
Mais ce ne sont pas tous les gouvernements africains qui ont eu une approche prĂ©cautionnaire comme celle du BĂ©nin. LâAfrique du Sud est le premier et le seul pays africain Ă faire pousser et Ă commercialiser des OGM. Les entreprises agro-industrielles, telles que Monsanto, la plus importante firme agro-chimique amĂ©ricaine, sont au centre de la mise en place des cultures transgĂ©niques en Afrique du Sud. Ces sociĂ©tĂ©s font valoir que la biotechnologie est nĂ©cessaire pour amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© alimentaire en Afrique par la crĂ©ation de variĂ©tĂ©s qui sont rĂ©sistants aux maladies et qui produits de meilleurs rendements.
Le Dr. Melaku Worede est un chercheur Ă©thiopien en gĂ©nĂ©tique de renommĂ©e internationale. Il nâadhĂšre pas Ă la vision des compagnies agro-industrielles. Il affirme plutĂŽt que les Africains doivent intensifier leurs efforts pour protĂ©ger leurs ressources phytogĂ©nĂ©tiques. Le Dr. Worede souligne quâil nâest pas contre la technologie moderne mais quâil sâinquiĂšte que la prolifĂ©ration des OGM dans le contexte actuel pourrait donner aux grandes sociĂ©tĂ©s de transformation agro-alimentaire, le monopole et le contrĂŽle des ressources vĂ©gĂ©tales du continent au dĂ©triment des cultures traditionnelles et des besoins des collectivitĂ©s locales.
Une prĂ©occupation commune au sujet des OGM, câest que les agriculteurs ne peuvent sauver les semences de plantes OGM. Les agriculteurs qui achĂštent des semences OGM sont habituellement tenus de signer des accords avec lâentreprise agro-alimentaire qui stipulent quâils ne sauveront pas les semences. Mais, mĂȘme sâils les sauvent, les semences dâOGM comme les semences hybrides, ne peuvent se multiplier dans la gĂ©nĂ©ration suivante. Par consĂ©quent, les agriculteurs doivent acheter de nouvelles semences de lâagro-entreprise, avant de les planter Ă nouveau.
Actuellement, une semence dâOGM connu sous le nom de «Terminator» soulĂšve de nouvelles inquiĂ©tudes concernant le contrĂŽle quâont les agriculteurs sur leurs ressources vĂ©gĂ©tales. Les semences « Terminator » contiennent des gĂšnes qui empĂȘchent les plantes de former de graines que lâont peut cultiver Ă nouveau. Beaucoup sâinquiĂštent que cette caractĂ©ristique gĂ©nĂ©tique pourrait affecter les plantes conventionnelles â empĂȘchant ainsi les agriculteurs de sauver des graines, mĂȘme les semences de leurs cultures traditionnelles.
Ainsi, certains pays africains rĂ©sistent aux OGM. LâAngola, le Soudan et la Zambie ont refusĂ© toute aide alimentaire sous forme dâorganismes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s. Aussi, lâONG African Biodiversity Network, en Ethiopie, milite pour le droit des agriculteurs de refuser les semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es.