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Agro Radio Hebdo est un service de nouvelles et d'informations pour les radiodiffuseurs en Afrique sub-Saharienne. Ce service est offert par le Radios Rurales Internationales.

numéro 21

Salutations chaleureuses Ă  tous!

Bienvenue à une édition spéciale d’Agro Radio Hebdo. Premièrement, nous aimerions souhaiter la bienvenue à deux nouveaux abonnés africains, Randrianarivelo Lalaina, de l’Office national de la nutrition à Madagascar et Solomon Abiodun, un étudiant du Nigéria. Cette semaine, nous nous concentrons exclusivement sur une question qui affecte la sécurité alimentaire dans le monde – la flambée des prix des denrées alimentaires de première nécessité.

Cette situation des prix des produits alimentaires a certainement généré beaucoup d’attention dans les médias. La société civile de nombreux pays a fait les manchettes avec des manifestations. Les gouvernements de différents pays ont annoncé des plans pour remédier à la situation. Les analystes se sont efforcés d’expliquer ce qui se passe et de proposer des solutions. Mais, dans tout cela, nous avons constaté que la voix des agriculteurs fait habituellement défaut.

Nous avons demandé à deux de nos correspondants, Idy Sy Diop au Sénégal et Lilianne Nyatcha au Cameroun de parler aux agriculteurs au sujet de certaines des solutions proposées à l’augmentation fulgurante des prix des produits alimentaires. M. Diop a enquêté sur un plan du gouvernement sénégalais pour créer une autosuffisance alimentaire nationale pour les denrées de premières nécessités. Mme Nyatcha a parlé à des agriculteurs camerounais sur ce que l’accès aux engrais et à d’autres intrants agricoles pourrait contribuer à leur production alimentaire. Nos deux correspondants ont entendu les agriculteurs dire qu’ils n’ont pas les ressources nécessaires pour augmenter la production alimentaire. Les agriculteurs ont aussi décrit le soutien dont ils auraient besoins pour les aider à accroître leurs productions.

Étant donné que la couverture médiatique et l’analyse de cette situation peuvent être une tâche énorme à entreprendre, nous débutons la section Dépêche de nouvelles agricoles africaines avec une vue d’ensemble, décrivant l’ampleur des récentes hausses des prix des produits alimentaires, les principaux facteurs à l’origine de l’augmentation, et les solutions proposées. Cette section comprend également quelques nouvelles brèves qui mettent en évidence l’impact de cette augmentation, et la façon dont les gens y font face, dans quatre pays africains. Enfin, nous vous suggérons quelques idées d’articles et des ressources en ligne pour complémenter vos recherches. Nous vous fournissons également deux textes radiophoniques des Radios Rurales Internationales contenant des idées qui peuvent aider les agriculteurs dans votre région.

Nous espérons que cette édition spéciale vous aidera dans votre travail d’étude sur comment l’augmentation des prix des denrées alimentaires ont une incidence sur les gens de votre région et ce que les gens font pour y faire face. Nous vous invitons à partager vos expériences locales sur cette question avec la communauté ARH, soit en publiant un commentaire sur le site d’ARH (http://farmradio.org/francais/hebdo/), ou en proposant une idée pour un futur reportage à la rédactrice-en-chef d’ARH, Heather Miller, à l’adresse : hmiller@farmradio.org.

Bonne lecture!

-L’Ă©quipe d’Agro Radio Hebdo

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Cette semaine dans Agro Radio Hebdo:

Dépêche de Nouvelles Agricoles Africaines

1. Quelques raisons et solutions proposées face à la hausse des prix des denrées alimentaires en Afrique (Jeune Afrique, AFP et IRIN)

2. Sénégal: les agriculteurs questionnent le plan gouvernemental pour la « relance de l’agriculture » (par Idy Sy Diop, pour Agro Radio Hebdo, à Dakar, Sénégal)

3. Cameroun : Les agriculteurs disent qu’ils ont besoin de support financier pour augmenter leurs productions (Écrit par Lilianne Nyatcha, pour Agro Radio Hebdo, à Douala, Cameroun)

4. La société civile planifie une grève générale de 3 jours (AFP, RFI)

5. Mauritanie : le gouvernement distribue des denrées alimentaires gratuites et à prix subventionnées (AFP, RFI)

6. Somalie: de nombreuses familles survivent avec un repas par jour (Programme alimentaire mondial, Nations unies, Integrated Regional Information Networks)

7. Malawi: le pays interdit l’exportation de maïs pour assurer l’approvisionnement alimentaire interne (Agence de presse africaine, Reuters)

Évènement à venir

-3 au 5 Juin: une conférence de la FAO sur la sécurité alimentaire mondiale

Banque de ressources pour la radio

-La hausse des prix des produits alimentaires: quelques liens pour vous aider dans votre recherche

Les actions des Radio Rurales

-Les nouvelles du marché de MEGA FM

Le texte radiophonique des Radios Rurales de la semaine

-Ekua prépare un budget

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1. Mais, qu’est-ce qui cause l’augmentation fulgurante des prix des produits alimentaires?

Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte : Une des premières causes est l’augmentation de la demande car la population mondiale s’accroît chaque année de 28,5 millions de bouches à nourrir. Généralement, l’augmentation de la demande pour un produit génère une hausse des prix, à moins que la production de ce produit augmente aussi. La population africaine devrait passer de 800 millions d’habitants à 1,8 milliards d’ici 2050. Certains disent que la production alimentaire ne suit pas le rythme d’une population mondiale croissante et que le moyen d’atténuer la pénurie est d’utiliser de meilleures technologies. D’autres croient qu’il y a assez de nourriture pour nourrir le monde, mais qu’il y a un manque de volonté politique pour lutter contre la répartition inégale des produits alimentaires.

Une autre raison citée est l’augmentation de la consommation des produits comme le lait et la viande de bœuf dans les économies émergeantes comme la Chine et l’Inde, d’où une augmentation de la demande en céréales pour nourrir le bétail.

Une troisième cause est l’augmentation de la demande pour des cultures vivrières dans la fabrication des bio-carburants. De plus en plus de terres agricoles sont allouées à la production d’éthanol et de diesel, que pour produire de la nourriture. Cent millions de tonnes de céréales sont utilisées chaque année pour fabriquer de l’éthanol, ce qui a contribué à l’augmentation du prix du maïs. Certains disent que cette poussée vers les bio-carburants, qui sont en grande partie basée sur le maïs, sont en train de créer un virage vers des denrées alimentaires plus chers comme le blé et le soja.

Une autre cause qui explique l’augmentation du prix des aliments est la flambée du prix du pétrole. Le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter, ce qui fait aussi augmenter les coûts reliés à la fabrication des intrants agricoles. Les produits pétroliers sont nécessaires à la fabrication des fertilisants utilisés par les agriculteurs, et sous-tend aussi le fonctionnement des tracteurs agricoles et le transport des aliments.

Les conditions climatiques extrêmes sont aussi en cause. Au cours de la dernière année, plusieurs pays africains comme le Mozambique ont subi des inondations. D’autres comme la Somalie souffrent de sécheresse. Ces deux évènements climatiques diminuent les rendements des agriculteurs, ce qui les force à augmenter leurs prix pour faire un profit. Les sécheresses prolongées en Australie (depuis environ dix ans maintenant) ont aussi fait augmenter les prix des céréales car l’Australie est un grand producteur de céréales à l’échelle mondiale.

Des solutions?

La FAO offre quelques solutions pour venir en aide aux pays les plus touchés par la hausse des prix alimentaires. Elle suggère de compter davantage sur la production locale pour réduire la facture des importations des denrées alimentaires et de fournir aux paysans des intrants agricoles subventionnés pour accroître la production. (Dans ce numéro d’ARH, nous vous présentons deux articles sur ces deux recommandations, l’un en provenance du Sénégal et l’autre en provenance du Cameroun.)

Quelques gouvernements semblent avoir répondu à ces suggestions. Le Sénégal a annoncé la semaine dernière qu’il avait besoin de 390 milliards de francs CFA (environ 920 millions de dollars américains ou 590 millions d’euros) pour faire sa révolution agricole et arriver à l’autosuffisance alimentaire. Mais des experts remettent en question cette stratégie disant que la vision du gouvernement ne contribuera pas réellement à développer l’économie rurale. D’autres gouvernements ont opté pour des solutions diverses, notamment la réduction des taxes sur les produits de première nécessité et l’augmentation des salaires. En Éthiopie, contrairement à d’autres pays africains, aucune émeute de la faim n’a été rapportée. Le gouvernement Éthiopian a annoncé qu’il continuera à subventionner les principaux produits alimentaires et à augmenter le salaire des fonctionnaires. À Djibouti, le gouvernement a décidé de supprimer la taxe intérieure de consommation sur certains produits alimentaires tels que le riz, le lait en poudre non maternisé, les huiles alimentaires, la farine de blé et le sucre en poudre cristallisé.

Vous trouverez ci-dessous un survol plus détaillé de la situation actuelle en ce qui a trait à l’augmentation des prix des denrées alimentaires au Burkina Faso, en Mauritanie, au Malawi et en Somalie.

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2. Sénégal: les agriculteurs questionnent le plan gouvernemental pour la « relance de l’agriculture » (par Idy Sy Diop, pour Agro Radio Hebdo, à Dakar, Sénégal)

La hausse généralisée des prix des céréales qui touche la planète entière affecte plus durement certains pays africains comme le Sénégal, où cette hausse est combinée à une sérieuse crise du secteur agricole.Cette année, la production de céréales connaît d’importants déficits. Par exemple, la production de riz, aliment de base des Sénégalais, n’a été que de 195 000 tonnes au lieu des 215 000 tonnes prévues. Toutes céréales confondues, le déficit entre les prévisions et les quantités récoltées est de 13% . Il faudra donc importer des céréales pour couvrir les besoins et rien que pour le riz, il faudra plus de 600 000 tonnes.

C’est dans ce contexte que le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, a annoncé un ambitieux programme de relance du secteur de l’agriculture, la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance (GOANA), qui vise à assurer l’autosuffisance alimentaire dès cette année. Ce programme prévoit booster sérieusement la production agricole. Par exemple, l’objectif est d’arriver à 500 000 tonnes par an pour le riz, 2 millions de tonnes pour le maïs et 2 millions de tonnes pour les autres céréales. On estime que le coût de ce plan d’autosuffisance alimentaire est de 390 milliards de francs CFA (environ 920 millions dollars américains ou 590 millions d’euros).

Les producteurs à la base, se plaignent de ne pas avoir été consultés, ce qui les laisse perplexes quant aux chances de réussite de la GOANA. Cheikhou Seck est le premier producteur de maïs du Sénégal et président du Comité interprofessionnel pour les céréales locales.

Pour arriver aux résultats annoncés dans ce plan, il explique qu’il faudrait que tous les producteurs disposent d’engrais et de semences en quantités suffisantes d’ici la fin mai.

Aujourd’hui, il estime qu’aucun paysan – y compris lui-même – n’a les moyens d’obtenir les intrants nécessaires. M. Seck explique que la plupart des agriculteurs sont déjà endettés,suite à la dernière saison. Il suggère que le plan aurait mieux marché s’il avait été annoncé dès janvier et si sa mise en œuvre avait commencé plus tôt.

Samba Ka est le président du Cadre de concertation des ruraux dans la région de Kaolack au centre du Sénégal. Il souligne que les récoltes de l’année dernière n’ont pas été bonnes et les paysans sont plus préoccupés par la période de soudure. M. Ka ajoute que les petites réserves personnelles qu’il a ne peuvent pas servir de semences pour accroître la production.

Hormis cela, les paysans sénégalais estiment qu’il leur faudrait aussi de gros équipements comme des tracteurs, ce dont les paysans sénégalais ne disposent pas.

Reste enfin le problème de l’écoulement : là aussi il y a une grande crainte, car moins d’une semaine après avoir annoncé la GOANA, le président Wade a aussi annoncé un accord passé avec l’Inde pour importer 600 000 tonnes de riz de ce pays pendant six ans, ce qui laisse peu de place à la production locale.

Le gouvernement Sénégalais insiste qu’il n’y a pas de contradiction entre le plan de promouvoir l’autosuffisance alimentaire en augmentant la production local et son plan d’importer du riz à partir de l’Inde.

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3. Cameroun : Les agriculteurs disent qu’ils ont besoin de support financier pour augmenter leurs productions (Écrit par Lilianne Nyatcha, pour Agro Radio Hebdo, à Douala, au Cameroun)

La région du Moungo, située à une vingtaine de km de Douala, la capitale économique du Cameroun, constitue l’un des plus importants greniers agricoles du pays. Certaines parties de la région de Moungo sont réputées pour leur sol fertile. C’est dans cette région que s’est établie une jeune cultivatrice du nom de Lydie Florence Tohotcheu, il y a de cela 15 ans. Sur sa parcelle chèrement acquise d’une fraction d’une acre, elle cultive maïs, manioc et macabo. Mme. Tohotcheu explique qu’en 2006, faute de moyens elle a acheté l’engrais en détail pour sa culture. C’était très insuffisant et sa récolte en a pâti. Cette année, elle a pu acquérir un sac d’engrais à 18 000 francs CFA (environ 42 dollars américains ou 27 euros).

Mme. Tohotcheu souhaite élargir sa parcelle et augmenter sa production. Mais cela signifie plus de mains d’œuvre, d’engrais et donc d’argent, ce dont elle ne dispose pas. Surtout que les revenus tirés actuellement de sa plantation sont absorbés par les fertilisants. Elle espère un jour trouver des subventions pour renforcer son activité agricole et gagner mieux sa vie.

Une hausse globale des prix du pétrole a augmenté le coût des intrants agricoles dans la plupart des régions du monde. L’augmentation du coût des engrais chimiques a été particulièrement forte, en raison de l’augmentation de la production et des frais de transport. Alors que certains ont appelé les agriculteurs à augmenter la production en utilisant plus d’engrais, les agriculteurs de la région Moungo disent que les coûts élevés les forcent à utiliser moins d’engrais.

Un souci de survie qu’affiche moins Marie Gisèle Sintcheu. Cultivatrice et couturière, elle aussi exploite une petite parcelle de terrain dans la région fertile de Moungo. Pour augmenter sa production de maïs et de manioc à consommation uniquement familiale, elle a acheté cette année neuf kilogrammes d’engrais à 2500 francs CFA (environ 6 dollars américains ou 4 euros). Elle dit que pour éviter une débauche d’énergie comme la plupart des paysans de la localité, elle préfère partager son temps entre son atelier de couture et sa plantation, afin de joindre les deux bouts.

Mme. Sintcheu soutient cependant que l’agriculture peut rapporter gros, à condition d’avoir les moyens d’investir et d’entretenir l’exploitation. Elle dit que c’est un investissement qu’elle est prête à faire si elle reçoit une subvention en engrais ou un microcrédit afin de payer la main d’œuvre qui coûte chère.

C’est le double emploi qui permet également à Hilaire Siewe de sauver ses 10 hectares de bananes plantains lancés dans la Région de Moungo, où il est basé. Chaque année sa plantation a besoin de 100 sacs de 50 kilogrammes d’engrais pour garantir une bonne production. Faute d’argent, il dit qu’il n’a pu acheter que 25 à 30 sacs cette année. M. Siewe révèle qu’en 2006, il achetait chez son fournisseur, le sac d’engrais le plus communément utilisé au Cameroun à 11 000 francs CFA (environ 26 dollars américains ou 17 euros). Aujourd’hui, le même sac coûte 18 500 francs CFA (environ 44 dollar américains ou 28 euros). Une hausse de prix qui l’oblige à se tourner vers des engrais de qualité inférieur. Il dit qu’il faut également des fongicides pour prévenir et pour traiter les plantes malades, des soins que l’insuffisance de moyens ne lui permet pas d’assurer à sa jeune bananeraie. Moins d’intrants signifie que ses plantes sont plus petites, sont plus malades et produisent de plus petites récoltes.

Sans soutien, M. Siewe dit qu’il a pensé plusieurs fois vendre sa plantation et se reconvertir. En raison de la pauvreté grandissante, les consommateurs rechignent à débourser le prix qu’il faut pour acheter ses produits dont les coûts de production ne cessent de grimper. D’autant plus qu’il peine à payer même l’unique salarié qu’il emploie. Pour sa plantation, M. Siewe utilise essentiellement les tâcherons pour défricher, verser les engrais ou récolter les plantains dont l’évacuation est par ailleurs très difficile. Car la zone est enclavée, M. Siewe n’a pas de véhicule adapté pour évacuer ses produits. C’est pour cela qu’il souhaite recevoir des subventions pour maximiser sa production et rentabiliser son affaire.

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