Contenu créatif
Ecrire des textes radiophoniques pour améliorer la sécurité alimentaire : le modèle du Réseau des radios rurales des pays en développement
Par Nancy Bennett, Directrice
(présentation à l'atelier "Radio rurale et la sécurité alimentaire", FAO, Rome, le 5-9 novembre 2001)
- Introduction
- A propos du Radios Rurales Internationales
- Une planification adéquate
- Sélectionner les sujets
- Écrire pour la radio - sept règles d'or
- Écrire pour la sécurité alimentaire
- Montage du texte écrit
- Bibliographie
Introduction
Il peut paraître étrange de penser à une feuille de papier imprimée quand on évoque la radio. En fait, dans de nombreux cas, c'est même inopportun, car un des avantages de la radio réside dans la spontanéité, la mobilité et la fraîcheur. L'image du producteur radio, abordant son sujet sans détours, avec son sac à dos et son micro en main est très attirante.
La réalité qui se trouve derrière le travail du Réseau des radios rurales des pays en développement est très éloignée de ce scénario. En fait, nous consacrons des semaines, voire des mois à chercher méticuleusement une " histoire " et nous produisons plusieurs brouillons écrits pour bâtir un programme qui soit pertinent, précis et, surtout, bien compris par ses auditeurs potentiels.
Ce document a pour objet de parcourir avec le lecteur les étapes que nous suivons, au Réseau des radios rurales des pays en développement, dans la rédaction d'un programme radio, pour nous assurer que le produit final - le script de l'émission - sera crédible et utile pour vous, le producteur radio que nous sommes chargés de servir. En dévoilant ces étapes en amont de notre travail, nous espérons aussi que les producteurs radio auront un aperçu des phases qu'ils devront eux-mêmes respecter pour produire des émissions de haute qualité qui bénéficieront directement aux populations des zones rurales qui écoutent leurs programmes.
A propos du Réseau des radios rurales des pays en développement
Pour bien saisir le comment et le pourquoi de notre activité de production de textes radiophoniques, il est important de comprendre le but de notre Réseau. Il s'agit d'une organisation caritative non gouvernementale basée à Toronto, au Canada. Le Réseau a été fondé en 1970 pour tisser des liens entre les producteurs radio des pays en développement, en Afrique, Asie, Amérique latine et aux Caraïbes afin qu'ils puissent échanger entre eux des exemples de bonnes pratiques en matière d'agriculture et de nutrition, puis les diffuser dans le cadre des programmes de leurs radios rurales.
Ces programmes n'étaient pas échangés directement, de producteur à producteur, mais les propositions étaient envoyées par les producteurs membres du réseau - au départ seulement 36 producteurs, dans 24 pays - à nos bureaux de Toronto. Ils étaient ensuite transformés en textes de programmes radiophoniques et envoyés par la poste à tous les producteurs du réseau.
Plus de vingt ans après, le programme fonctionne toujours selon le même principe. Le Réseau, bien sûr, a changé. Les producteurs de plus de cinq cents stations de radio participent désormais à ce programme d'échanges et plus de mille vulgarisateurs, chercheurs et enseignants spécialisés en agriculture apportent leurs contributions aux propositions et nous font bénéficier de leur expertise tout en utilisant les textes pour leur propre travail.
Notre mission a également changé : auparavant, notre but était d'aider les producteurs radio à acheminer l'information jusqu'aux petits agriculteurs. Aujourd'hui, notre principal but est d'aider les producteurs radio à soutenir les petits agriculteurs et les revenus du monde rural. Cela signifie qu'au-delà des textes, nous apportons aussi un appui aux producteurs radio pour qu'ils développent leurs compétences, en suivant des formations ou en favorisant les liens avec d'autres acteurs du développement rural et en les aidant à contacter d'autres producteurs de radio rurale à travers le monde pour engager une collaboration directe avec eux.
L'objectif final de notre travail reste le même : nous travaillons à l'amélioration de la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Nous nous concentrons sur les zones rurales parce que c'est là que la sécurité alimentaire est le plus en péril. Nous sommes conscients de la complexité de l'insécurité alimentaire et cela se reflète dans notre travail avec les producteurs. Nos textes abordent les questions de production alimentaire, de qualité sanitaire de la production, de stockage alimentaire et de commercialisation. Ils traitent aussi de la lutte contre la pauvreté (comme par exemple les activités génératrices de revenus au niveau local), l'accès à la terre, l'accès au crédit, la main d'œuvre agricole, les questions environnementales et les droits des femmes agricultrices. Ils contribuent à aider les agriculteurs à rester en bonne santé et à produire. Les sujets que nous traitons et les thèmes que nous abordons sont en évolution constante.
Une planification adéquate
Notre champ de travail est très large. Les sujets relatifs à la sécurité alimentaire et aux moyens d'existence du monde rural sont très nombreux. Lorsque nous planifions la production de nos textes, nous devons établir des priorités. Nous ne pouvons pas couvrir tous les sujets.
Notre première étape consiste à explorer notre vaste champ de travail. Quels sont les sujets qui émergent ? Que nous disent les experts en matière de sécurité alimentaire ? La richesse de nos contacts est essentielle à ce stade. Il est très important que tous ceux qui sont engagés dans la communication pour le développement - dont les producteurs radios sont partie intégrante - développent et entretiennent des liens avec d'autres acteurs. Dans un monde en évolution constante, nous devons toujours être à la recherche d'informations nouvelles. Ce que nous avons appris il y a cinq ans peut ne plus être pertinent aujourd'hui. Par exemple, les scientifiques peuvent avoir découvert de nouvelles technologies qui peuvent considérablement améliorer la valeur nutritionnelle d'une culture de base en Afrique de l'est. Nous nous appuyons sur une série d'institutions et d'organisations qui nous aident à scruter l'environnement dans lequel nous travaillons.
Dans le même temps, il est important que nous nous penchions sur ceux qui vont utiliser notre information. Nous devons nous intéresser à notre propre réseau, nos partenaires sur le terrain, les producteurs radio, les vulgarisateurs qui travaillent directement avec les agriculteurs, au sein de leurs communautés. Qu'ont-ils à nous dire sur les besoins prioritaires de la population?
Cette recherche nous aide à décider les thèmes de nos textes, comme l'amélioration de la nutrition, la lutte contre la désertification, la prévention du VIH/SIDA ou la gestion des désastres naturels. Lorsque les thèmes potentiels de nos textes sont identifiés, nous préparons un synopsis pour la production.
Les producteurs radio préparent eux aussi un synopsis pour les programmes qu'ils veulent produire pour persuader un directeur de station de la valeur d'un projet, par exemple. Il arrive même qu'un synopsis, en mettant en évidence les mérites d'un projet, aide à trouver des sponsors.
Lorsque nous préparons un synopsis pour une série de textes, nous y incluons :
- les arguments qui militent en faveur d'un changement de comportement du public visé
- l'adaptabilité du message au médium radio
- les messages-clé et l'angle général
- des idées de textes appropriés pour la série
- les partenaires et collaborateurs potentiels de la série
- le calendrier de production.
Dans certains cas, nous pouvons aussi inclure un plan de suivi et d'évaluation. Ceci peut également s'appliquer à une station de radio. Toutefois, le suivi et l'évaluation de notre travail constitue généralement une part de notre programme global.
A ce stade, nous prenons la décision de produire ou non la série. Si le projet est jugé digne d'intérêt et approprié, nous poursuivons notre recherche.
A cette phase de la recherche, les thèmes que nous présentons dans notre synopsis sont encore très généraux. La connaissance de l'auditoire que nous visons nous aide à mieux cibler notre sujet. Par exemple, une bonne nutrition est importante pour tous. Mais nous sommes plus motivés à aider les populations rurales à améliorer leur nutrition ; et nos textes sont conçus pour être utiles aux petits agriculteurs moyens qui cherchent généralement à améliorer leur nutrition sans revenus monétaires et sans accès à des suppléments vitaminiques. Lorsque nous planifions nos programmes, nous devons comprendre leurs problèmes de nutrition. Comprendre son public-cible est le point le plus important dans cette phase de recherche pour la préparation des textes radio.
L'auditoire potentiel du Réseau des radios rurales des pays en développement est vaste. Notre réseau comprend 500 stations de radio dans plus de 70 pays et notre audience potentielle est estimée à 440 millions de personnes. Comme nous essayons de produire des textes adaptés au plus grand nombre possible d'auditeurs, ils ne peuvent pas être aussi spécifiques que ceux d'un producteur radio en particulier. Nous laissons à nos partenaires le soin d'étudier leurs auditoires et d'adapter nos éléments en conséquence.
Quelle sorte d'étude d'auditoire doit entreprendre un producteur radio ? Etudier les facteurs économiques, géographiques, démographiques, économiques et sociaux qui déterminent le comportement de l'auditoire visé. Quelles différences y-a-t-il dans leurs connaissances, attitudes et pratiques ? Perçoivent-ils leur comportement actuel comme une contrainte ? Quel âge ont-ils ? Quels sont leurs revenus, leur mode de vie, leurs valeurs ?
Cette somme de recherche pourrait apparaître comme un luxe pour le directeur d'une radio qui doit respecter des délais de production précis et dispose d'un budget limité. Mais elle représente pourtant une étape déterminante si on veut utiliser efficacement la radio au service de la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté. La recherche et la planification sont aussi importantes que la qualité de l'écriture des programmes et nous investissons beaucoup dans ce domaine. Pour mener à bien ces recherches, notre équipe dispose d'une documentaliste professionnelle et d'un rédacteur en chef.
Sélectionner les sujets
Maintenant que nous disposons d'un bon aperçu des points spécifiques pertinents pour les thèmes choisis et que nous avons mesuré leur importance pour les auditeurs que nous visons, nous sommes prêts à sélectionner les sujets des textes.
Ce processus de sélection appelle plusieurs observations.
Notre mandat consiste à produire des textes qui auront une application pratique sur le terrain. Cela signifie que nous devons sélectionner des sujets qui peuvent être couverts par une radio de façon à ce que les auditeurs puissent en tirer des enseignements et les appliquer concrètement sur le terrain. Notre mission est d'améliorer la sécurité alimentaire. Pour nous, cela signifie davantage que comprendre la nature des problèmes : cela signifie aider les gens à entreprendre des actions concrètes pour le changement. Quelquefois, malgré l'importance d'un sujet, nous pouvons décider qu'il n'est pas approprié à notre action.
Lorsque nous sommes parvenus à sélectionner une liste de sujets appropriés à notre série de textes, nous explorons notre environnement. Une autre personne fait-elle la même chose ? Par exemple, l'UNICEF a déjà produit des programmes radiophoniques sur la nutrition infantile. Les ressources nécessaires pour la mise en œuvre de la production sont limitées, nous préférons ne pas refaire ce qui a déjà été fait par quelqu'un d'autre. Nous allons au contraire collaborer avec la personne ou l'organisation pour adapter ses produits à notre réseau.
Peut-être une radio partenaire sur le terrain a-t-elle déjà produit un programme sur la production et la transformation de feuilles vertes et des légumes riches en vitamine A ? Si c'est le cas, notre rôle consiste à faire connaître le travail de notre partenaire à d'autres partenaires sur notre réseau.
Nous encourageons nos partenaires à échanger leurs idées et leurs produits avec nous, afin qu'ils puissent atteindre un public qui aille au-delà de la portée de leurs émetteurs. Et, heureusement, beaucoup de nos partenaires échangent leurs produits directement. Par exemple, le Forum national des radios communautaires d'Afrique du sud échange les textes entre ses membres. Certains de ces textes peuvent être échangés plus largement avec nos partenaires ailleurs en Afrique ou sur d'autres continents. En Russie, le Réseau des radios rurales des pays en développement collabore avec la Fondation pour la recherche sur le développement agraire pour gérer un réseau national de partage de textes et de fichiers sonores sur Internet. Pour les producteurs qui ne bénéficient pas d'un accès régulier à Internet, nous continuons les échanges de textes par la poste et des fichiers sonores par CD-ROM.
Ecrire pour la radio
Dans la plupart des cas, toutefois, nos choix nous conduisent à créer de nouveaux produits. Tous les producteurs de radio rurale savent qu'il n'y a pas beaucoup de produits prêts à diffuser disponibles sur les thème de l'agriculture durable, la nutrition et la santé de base ainsi que sur d'autres sujets qui concernent les petits agriculteurs.
Lorsque nous écrivons pour la radio, nous respectons sept règles d'or. [1] Les voici :
- Capter l'attention.
Tout le monde aime les histoires et nous apprécions tous d'apprendre des choses sur la vie des autres. Une fiction radiophonique peut être très efficace pour capter l'attention. Toutefois, cela coûte cher, en argent et en temps ; c'est pourquoi nous concevons nos textes dans une diversité de formats qui comprennent, en plus des feuilletons, les interviews, les discussions de groupes et les contes. Nous demandons à nos partenaires d'y ajouter des éléments locaux comme les noms, les lieux etc., qui attireront l'attention de leurs auditeurs. - Captiver les cœurs et les esprits.
Nous écrivons pour transmettre des messages de développement social et pour changer le comportement de la population. Les messages de nos textes font appel à l'intelligence de nos auditeurs. Mais pour avoir un impact plus durable, nous devons aussi jouer sur le registre de l'émotion. Nous évitons d'adopter un ton trop professoral, mais nous essayons au contraire d'écrire de telle façon que les auditeurs puissent trouver leur place dans l'histoire que nous racontons ou l'exemple que nous citons. - Conduire à l'action.
Nous écrivons pour la radio afin que les gens écoutent, mais aussi pour qu'ils agissent. Nous essayons de présenter des cas concrets (en agriculture, organisation communautaire, commercialisation) qui présentent des expériences positives, pour un agriculteur, une famille rurale, une communauté tout entière afin que d'autres puissent en bénéficier et reproduire ce succès. - Clarifier le message.
On dit souvent qu'un message doit être répété trois fois si on veut qu'il soit compris et retenu. Dans nos textes, non seulement nous répétons souvent le message principal, mais nous le renforçons et nous clarifions les explications techniques par la production de séries. Nos textes sont conçus sous forme de séries et nous encourageons nos partenaires à les utiliser en tant que tels, pour deux raisons principales.- D'abord, les séries peuvent se prolonger sur de nombreuses semaines, voire sur des mois. Les messages-clé peuvent être introduits progressivement et répétés si nécessaire. Les auditeurs ont alors plus de chances de bien comprendre le message, même s'ils doivent l'entendre plusieurs fois pour saisir sa pertinence pour leur existence.
- Le message peut être introduit de différentes façons. La diversité des textes dans une série augmente les probabilités que des personnes dans des positions et des perspectives différentes puissent comprendre comment la pratique ou le comportement recommandé est pertinent(e) pour leur propre existence. La complexité du message est un facteur déterminant du nombre de textes nécessaires.
- Communiquer un bienfait.
Lorsque nous écrivons un script de changement social, le comportement dont nous recommandons l'adoption bénéficiera à l'auditeur. Mais dire simplement à quelqu'un que ce que nous préconisons est bon pour lui n'est pas une méthode très efficace pour atteindre le but. Une des règles cardinales de la bonne communication est " montrez, ne dites pas ". Nous essayons de montrer les bienfaits en " conduisant " nos auditeurs chez d'autres agriculteurs qui ont amélioré leurs rendements, leurs revenus, réduit leur charge de travail ou bénéficié autrement d'un changement de comportement. Nous écrivons des histoires qui montrent comment les femmes s'émancipent en constituant des coopératives pour commercialiser leurs produits. Nous encourageons nos partenaires à utiliser les textes comme une base pour des interviews sur le terrain, des visites aux stations de recherche agricole etc. - Créer la confiance.
Un agent de santé, un responsable paysan, un vulgarisateur un chercheur agricole local, qui sont connus du public, seront mieux placés our attirer la confiance des auditeurs qu'un officiel qu'on ne connaît que dans un cadre formel. Nous écrivons nos textes radiophoniques de telle façon que nos partenaires puissent facilement les adapter en y impliquant les acteurs des communautés locales. Et même lorsque ces notabilités locales ne sont pas disponibles, les textes peuvent être écrits de telle sorte qu'ils introduisent un personnage familier que les auditeurs apprendront à connaître et en qui ils auront confiance. Par exemple, dans une série récente, nous avons créé un personnage, le Docteur Compost, que les auditeurs retrouveront chaque semaine. Les auditeurs sont plus enclins à faire confiance à un message , si c'est leur personnage préféré ou des notabilités locales familières qui leur conseillent d'adopter le nouveau comportement. - Communiquer un message cohérent.
Cela ne signifie pas que les textes doivent être répétitifs. En fait, nous devons constamment écrire de nouveaux programmes qui reprennent et renforcent les messages-clé. Par exemple, si nous écrivons pour une petite agricultrice qui produit pour sa consommation familiale ou pour le marché local, nous recommanderons des comportements cohérents avec cette pratique et dont elle pourra tirer profit. Nous nous assurons que les comportements que nous recommandons ne sont pas nuisibles à la santé humaine ni à l'environnement. Nous pourrions écrire des milliers de textes véhiculant des messages-clés sur la petite agriculture durable, mais nous introduirions la confusion chez nos auditeurs si un jour nous leur proposions un programme vantant les mérites de la monoculture à grande échelle, avec utilisation intensive d'engrais chimiques ! Chacun de nos partenaires doit décider de ce que seront leurs principaux messages. Ces décisions sont généralement fondées sur le mandat de la station de radio, particulièrement dans le cas des radios communautaires ou publiques. C'est à elles qu'il appartient de décider si les textes que nous échangeons sont appropriés aux programmes de leurs stations.
Ecrire pour la sécurité alimentaire
Pour nous, la collaboration est la règle, tant dans le processus d'écriture que dans le domaine de la recherche. Le rédacteur en chef, qui a été impliqué dans le programme depuis le début, travaille en relation étroite avec des rédacteurs que nous recrutons en fonction de la nature des textes que nous sélectionnons.
Si nous travaillons sur un script préexistant, le rédacteur collaborera étroitement avec l'auteur, sur les modifications qui peuvent être utiles. L'auteur et le rédacteur travaillent en étroite collaboration avec des spécialistes des contenus qui leur apportent les derniers développements techniques ou méthodologiques disponibles.
La technologie a considérablement évolué et elle s'est améliorée, comme notre façon de travailler. Nous pouvons désormais consulter des spécialistes par e-mail. Un brouillon de script peut être envoyé à un consultant technique situé à l'autre bout du monde et être de retour sur le bureau du rédacteur en quelques heures. Nous pouvons recruter des auteurs provenant des stations de radio ou d'associations du sud, qui sont familiers avec les nuances de communication et les obstacles qui peuvent influencer le contenu et la forme de nos textes.
Cette interaction et cette collaboration contribuent largement à la qualité des textes que nous écrivons et partageons avec nos partenaires. Un script peut être écrit avec une créativité géniale et être très distrayant, mais si le rédacteur n'accepte pas la discipline de l'écriture pour le développement - ce qui signifie l'inclusion rigoureuse et claire des messages-clés - cela ne mérite pas, de notre point de vue, le prix du papier pour l'imprimer. De même, un script peut être techniquement très au point et le développement du message très logique, mais si personne ne l'écoute, la valeur de l'expertise est perdue.
Pour une série donnée, nous prévoyons quelquefois beaucoup plus de matière première que nous n'en utilisons. Il arrive aussi qu'un élément ne fonctionne pas bien pour la radio, malgré nos recherches et notre planification approfondies. Cela peut simplement signifier qu'il n'est pas fait pour cette série. Dans ce cas, nous le conservons pour un usage ultérieur.
Lorsqu'on écrit un script sur la sécurité alimentaire, on peut adopter plusieurs angles. Au Réseau des radios rurales des pays en développement, nous veillons à ce que nos séries de programmes comportent une diversité de formats pour véhiculer le message. Cette variété d'aspects, de styles et de centres d'intérêt augmente la probabilité de faire passer le message. Mais cette diversité de styles sert aussi à fournir des exemples et - pourquoi pas - une inspiration aux producteurs qui auront à adapter les textes en vue de leur diffusion. Le format des textes comprend :
- la fiction qui combine éducation et divertissement
- les reportages qui rendent compte de thèmes factuels avec une approche créative, artistique
- les interviews, dialogue entre le présentateur et un expert invité
- les panels et débats qui montrent différents aspects d'un problème
- les documentaires qui rapportent des faits, souvent combinés avec une présentation au micro, des interviews et/ou des débats.
Nos textes durent six minutes en moyenne (en anglais). Cette durée est suffisante pour traiter un sujet. Elle permet aussi aux producteurs radio de les intégrer dans toute une série de formats de programmes (les magazines durent en général de 15 à 30 minutes). Si le producteur dispose de moins de six minutes, l'élément peut être divisé en deux parties.
Beaucoup de nos partenaires combinent plusieurs textes pour produire leurs magazines. C'est un format très apprécié et largement utilisé, diffusé en général à échéances régulières (quotidien, hebdomadaire, mensuel) et qui aborde une série de sujets liés à un thème commun.
textes non écrits
Nous encourageons nos partenaires à interviewer des experts locaux, des agriculteurs et des responsables paysans, ainsi que d'autres membres de la communauté pour faciliter, au sein des communautés, le débat public sur les questions de développement. Les interviews constituent un mode de présentation de l'information et des expériences très attractif. Beaucoup d'interviews ne sont pas écrites, ce qui offre un certain nombre d'avantages : mobilité (ils peuvent être enregistrés sur le terrain), moins de temps de préparation, alphabétisation non nécessaire, ton et sonorités naturels.
Toutefois, pour présenter des informations pratiques et inciter à l'action pour l'amélioration de la sécurité alimentaire, les interviews non écrites présentent un inconvénient majeur : on a un contrôle limité sur le contenu et la structure de l'interview, ce qui peut créer une certaine confusion pour l'auditeur. Lorsqu'il s'agit d'informations techniques ou de modes opératoires, la confusion et l'imprécision dans un programme radio peuvent avoir des effets désastreux
Il y a des façons de surmonter ces problèmes de textes non écrits :
- Sélectionnez et choisissez soigneusement les interviewés. Prenez quelqu'un qui a suffisamment d'expérience et d'expertise, qui s'exprime clairement et d'une façon adaptée au public visé. Dites-lui à qui cette interview est destinée, le sujet qu'elle devra couvrir et comment elle sera utilisée.
- Préparez des questions appropriées, centrées sur le sujet. Utilisez un langage simple et direct. Ne posez pas une question qui en cache deux ou trois autres. Posez plutôt deux ou trois questions séparées.
- Construisez votre interview en pensant à un montage ultérieur éventuel.
Montage du texte écrit
Comme indiqué précédemment, le rédacteur est associé au projet depuis sa conception, à travers tous les stades de la recherche, le développement du synopsis, l'attribution des textes, l'accord sur un plan, la coordination du travail de rédaction et le soutien à l'équipe de rédacteurs. Lorsque les textes sont rédigés, le rédacteur les contrôle soigneusement, en gardant en tête le fait qu'ils sont destinés à la radio.
On n'écrit pas de la même façon pour l'oreille et pour l'œil. Les auditeurs ne peuvent pas avancer de quelques pages pour voir ce qui va se passer, comme ils peuvent le faire dans un document écrit. Ils ne peuvent pas accélérer ou ralentir la présentation. Les éléments doivent être présentés de telle façon qu'ils puissent être facilement suivis et compris dès la première écoute. Souvent, le rédacteur demande à un volontaire de lire le script à haute voix afin d'inclure un " montage sonore " dans le processus de révision
Voici quelques- unes des questions que se pose le rédacteur :
- L'auditeur est-il informé, au début de l'émission, du sujet que l'on va aborder et de ce qu'il va apprendre ? (l'animateur le fait souvent dans son introduction)
- A-t-on donné à l'auditeur un sommaire de l'émission qui indique comment le contenu est organisé et structuré?
- Y-a-t-il des jalons, tout au long du script, qui permettent à l'auditeur de savoir où on en est, d'où on est parti, et où on va?
- Les principaux points sont-ils mis en valeur et renforcés ?
- Le sujet est-il couvert de façon adéquate?
- Toutes les parties sont-elles clairement exposées ? La transition d'une partie à l'autre se fait-elle naturellement ?
- Y-a-t-il assez d'exemples et d'illustrations ?
- Le langage est-il fluide, naturel et amical ?
- Le langage est-il adapté au public ?
- Les conclusions sont-elles claires et pertinentes ?
- La durée est-elle adéquate ?
Une fois que le script a quitté notre bureau, partie la plus critique du processus, reste encore à entreprendre. Nos partenaires sont invités à adapter les textes pour une utilisation locale. Pour le faire convenablement, ils doivent travailler avec des spécialistes locaux du contenu - si possible plus d'une personne - pour préserver la pluralité des opinions sur les actions que l'on peut préconiser.
Pour adapter les textes à la radio, il est également conseillé d'associer des représentants des auditeurs. Ces représentants doivent avoir une bonne connaissance des croyances traditionnelles locales et connaître les obstacles qui peuvent s'opposer à l'adoption de nouveaux comportements ou de nouvelles pratiques. Il peut y avoir, par exemple, des raisons économiques ou sociales importantes qui empêchent l'adoption d'un comportement ou d'une pratique recommandée. Les représentants des auditeurs peuvent aider le producteur à aborder ces questions de façon appropriée.
Ils peuvent également l'aider à définir le format le plus approprié pour les programmes radio. Par exemple, un projet destiné à produire des émissions pour la promotion de la santé des femmes a travaillé étroitement avec le public visé pour déterminer les formats. [2] Le projet a été mis en place au Kenya, en Sierra Leone et au Nigeria. Au Nigeria comme en Sierra Leone, les femmes ont indiqué leur préférence pour un format de fiction. Au Kenya, cinq formats ont été jugés adaptés : fiction, dialogue, jeu de rôles, questions-réponses, causerie. L'association de l'auditoire complète les apports des spécialistes du contenu et aide le producteur à éviter une approche trop verticale et didactique. Les gens peuvent indiquer quels sont leurs besoins en information et contribuent à leur satisfaction.
L'expérience montre que les approches basées sur l'apport d'information (du spécialiste vers l'auditeur) sont en général efficaces pour sensibiliser aux comportements, aux techniques et aux technologies, mais ont une efficacité limitée sur le changement de comportement. Si les producteurs radio prennent le temps d'adapter soigneusement le script en adoptant une approche participative et en associant l'auditoire à cette adaptation et à la présentation du programme, les émissions seront beaucoup plus attractives et auront une influence plus forte sur l'audience visée.
L'étape finale dans l'écriture du script est la phase de préparation pour la présentation au micro. Nous ne suivons pas les " règles " habituelles de présentation parce que nous attendons de nos partenaires qu'ils adaptent et qu'ils traduisent les textes que nous proposons et qu'ils les mettent en conformité avec leurs besoins. Nos textes sont accompagnés d'un bulletin qui donne des informations à nos partenaires pour les aider à développer leurs compétences. Les conseils pour la présentation d'un programme au micro pourraient se présenter ainsi :
Un script bien rédigé peut être détruit par une mauvaise présentation au micro. Agencez-le de façon à le lire facilement et à vous sentir à l'aise dans le studio.
- Tapez-le ou écrivez-le clairement afin de ne pas avoir à le déchiffrer quand vous le lirez.
- Présentez-le sur une seule face de la feuille afin d'éviter les bruits superflus en tournant les pages.
- Utilisez un double espacement afin de ménager une place pour noter vos corrections si elles s'avèrent nécessaires pendant la répétition.
- Terminez chacune des pages par un point (fin d'une phrase - ou mieux - d'un paragraphe) afin de pouvoir passer d'une page à l'autre au moment d'une pause naturelle.
- Gardez une large marge afin d'y noter des éléments relatifs à la production ou à la technique.
- Numérotez soigneusement les pages.
- Indiquez clairement les éléments, en MAJUSCULES, pour chaque partie du programme, sur la marge de gauche (ou sur la marge de droite) si vous écrivez de droite à gauche. Par exemple : ANNONCEUR, MUSIQUE/CD, SIG (nature), etc.
- Identifiez les éléments préenregistrés sommairement. Par exemple dans la marge écrivez DONNER SIGNAL. Dans le corps du texte, écrivez : " ambiance de nourriture de bétail ".
- Ecrivez à la main sur le texte avec parcimonie (ex. Souligner des mots ou des phrases clés, indiquer une pause avec une barre oblique) si vous pensez que cela pourra vous aider dans votre prestation.
Lorsque le producteur est prêt à parler dans le micro, l'écriture du script est terminée.
Bibliographie
Francis, Victoria, editor: Mucoore (trusted friend), let's share with others! UNDP/World Bank/WHO Special Programme for Research and Training in Tropical Diseases, London UK, 1997.
McKee, Neill et al, editors: Involving People, Evolving Behaviour. UNICEF, New York, USA, 2000.
Riccio, Robert J., Editor: How to Design and Produce Radio Serial Drama for Social Development: A Program Manager's Guide. Population Communication Services, Center for Communication Programs, The John Hopkins University School of Hygiene and Public Health, Maryland USA, 1998.
Thomas, John: Audio for Distance Education and Open Learning: A Practical
Guide for Planners and Producers. The Commonwealth of Learning and the
International Extension College, Vancouver, Canada, 2001.
1 J.R. Williams, Université Johns Hopkins / Centre pour les programmes de communication
2 Programme PNUD / Banque mondiale / OMS sur genre, santé et communication, 1996.


