Stephen Muchiri of the Eastern Africa Farmers Federation addresses the crowd at Arlington Five in Ottawa

Stephen Muchiri de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est s’adressant au public lors de l’événement spécial, « Une conversation avec 20 millions d’agriculteurs », organisé par Radios Rurales Internationales, au Arlington Five, à Ottawa.

 

Quand tout va bien, cela signifie qu’un agriculteur ou une agricultrice d’Afrique de l’Est a suffisamment à manger pour sa famille, déclare Stephen Muchiri. D’autres fois, déclare-t-il, le même agriculteur ou la même agricultrice doit recourir aux dons alimentaires.

 

Une conversation avec 20 millions d’agriculteursEn qualité de directeur général de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF), une organisation représentant 20 millions d’agriculteurs et d’agricultrices de dix pays, Stephen s’exprime avec assurance. C’est par ces propos qu’il a pris la parole lors d’un événement spécial organisé par Radios Rurales Internationales au café Arlington Five d’Ottawa, le 13 juin.

 

 

Mais, il a poursuivi son propos en expliquant les transformations que subissait l’agriculture en Afrique de l’Est. La technologie est un élément clé de ce changement.

 

 

Les téléphones cellulaires sont une innovation pour les agriculteurs et les agricultrices

 

Women farmers in Tanzania learn how to use a smartphone« En Afrique, il y a plus de téléphones cellulaires que de brosses à dents, » lance malicieusement Stephen. En fait, l’accès généralisé aux téléphones cellulaires est une révolution pour les agriculteurs et les agricultrices.

 

Les cellulaires permettent aux agriculteurs et aux agricultrices d’être en contact avec leurs collègues situés très loin. Avec une certaine coordination, ces téléphones peuvent même aider les agriculteurs à s’associer pour acheter les intrants et vendre leurs récoltes. Stephen a parlé d’un système de grenier en ligne que l’EAFF a mis en place et qui met en contact les agriculteurs les uns avec les autres pour vendre leurs récoltes en gros. Cette application fournit également une analyse de la tendance des prix, ce qui permet aux agriculteurs d’avoir les informations dont ils ont besoin pour négocier un prix de vente équitable.

 

La technologie peut rendre l’agriculture plus attrayante pour la jeunesse africaine

 

Stephen a également observé que les téléphones cellulaires encourageaient les jeunes à se lancer dans l’agriculture en premier lieu.

 

Durant les dernières décennies, très peu de jeunes se sont impliqués dans l’agriculture. En Afrique de l’Est, cette situation a fait que l’agriculture s’est retrouvée surtout entre les mains des personnes âgées de 50 ans ou plus. Cette tendance est une réelle menace pour la sécurité alimentaire et le bien-être économique des pays.

 

Cependant, Stephen note un changement d’attitude chez les jeunes par rapport à l’agriculture. Les mêmes jeunes qui utilisent leurs téléphones pour s’informer sur le monde peuvent également les utiliser pour gérer leurs exploitations agricoles. Les nouvelles technologies rendent l’agriculture plus attrayante et plus accessible. Les jeunes technophiles peuvent désormais utiliser leurs téléphones pour préparer une saison agricole, demander et obtenir un petit prêt, et commercialiser un produit agricole.

 

Durant l’entrevue qu’il a accordé au bureau de RRI, Stephen a cité avec enthousiasme plusieurs exemples de jeunes qui créent des entreprises novatrices dans le secteur agricole. Chez lui, au Kenya, il a vu une femme qui gère une entreprise prospère de culture de pâture sur des plateformes verticales. Une autre a remarqué que la grande partie du café kenyan était exportée et elle a décidé de créer une entreprise qui achète, torréfie et vend du café local à des entreprises nationales.

 

Bien que la majorité des membres de sa fédération d’agriculteurs soient âgés de cinquante ou soixante ans, Stephen motive les jeunes en leur racontant sa propre histoire. Alors qu’il répugnait avant à s’impliquer dans le secteur agricole, Stephen a étudié l’horticulture à l’université seulement lorsqu’il n’a réussi à avoir aucun spot publicitaire dans aucune de ses deux émissions préférées. Cependant, il a décidé de se concentrer sur ses études et a travaillé si fort au point de se voir confier la gestion d’une grande ferme maraîchère à l’âge de 23 ans (il a quitté ce poste une année plus tard pour faire une maîtrise en agriculture).

 

Il veut que les jeunes africains réalisent que « [l’agriculture] offre de grandes possibilités et que celles-ci sont réelles. »

 

Les chaînes de valeur agricoles sont l’avenir

 

Stephen Muchiri of the Eastern Africa Farmers FederationParlant d’avenir, Stephen affirme que les agriculteurs et les agricultrices doivent être appuyés bien au-delà de la saison de végétation. Ils ont besoin d’informations accessibles sur chaque maillon de la chaîne de valeur. (Une chaîne de valeur décrit le processus par lequel un produit agricole passe du début jusqu’à la mise en marché.) Stephen affirme que, dans plusieurs cas, la documentation existe, mais que les informations qui s’y trouvent n’ont pas été converties en mesures pratiques.

 

Les agriculteurs et les agricultrices ont également besoin de renseignements sur la production, la récolte et la transformation d’une culture. Ils doivent savoir quoi faire et à quels problèmes ils peuvent s’attendre en chemin.

 

Ils ont besoin de ces informations pour cultiver un bon produit et en tirer profit. Stephen souligne que ces informations sont indispensables en termes de planification et de financement. Par exemple : pour préparer une saison agricole, un agriculteur et une agricultrice doivent savoir quels intrants sont nécessaires et quel est leur coût. Par ailleurs, il ou elle doit connaître le montant que lui rapportera un produit fini.

 

Stephen voulait s’informer sur le projet quinquennal sur la chaîne de valeur agricole de RRI, qui appuie les agricultrices et les agriculteurs avec des émissions radiophoniques qui suivent la saison de végétation et de commercialisation.

 

Le rôle central des voix des agriculteurs et des agricultrices est une caractéristique des émissions de RRI, dont Stephen a d’ailleurs noté l’importance. Il déclare : « Les agriculteurs écoutent toujours d’autres agriculteurs … Si c’est un autre agriculteur qui parle, c’est en ce moment qu’ils prêtent l’oreille. »

 

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait un mot à l’endroit des Canadiens, il a déclaré : « [En Afrique de l’Est], l’agriculture n’est plus ce qu’elle était il y a 50 ans. Le monde n’a pas seulement bougé en nous laissant là où nous étions. »

 

Stephen soutient qu’un changement est en train de produire et ce changement est positif.