Lorsque la nouvelle de la mort de George Floyd entre les mains d’un policier blanc se propagea, et que les mouvements de protestation « Black Lives Matter » (Les vies des Noirs comptent) survinrent dans plusieurs pays occidentaux et ailleurs dans le monde, cela nous a interpellés en tant qu’organisation. Nous avons été pour certains en colère, pour d’autres, choqué ou attristés. Nous avons communiqué les uns avec les autres pour réfléchir à l’impact et à la signification que cela avait pour nos vies et notre travail. Quelle était notre position en tant qu’organisation lorsqu’il est question d’afficher ouvertement que nous sommes antiracistes? Devrions-nous faire une déclaration publique ou céder la place aux groupes particuliers d’activistes Noirs?

Nous avons pris du recul.

Le racisme est  répugnant. En ce moment, en tant qu’organisation, nous nous posons la question suivante : comment notre travail peut-il contribuer à la lutte contre le racisme? Curieusement, c’est la première fois que nous nous posons cette question dans le cadre du mandat et du travail de l’organisation. Nous sommes une équipe diversifiée, formée majoritairement d’Africain(e)s, y compris la moitié de l’équipe de la haute direction et tous nos responsables pays. Cependant, nous n’avons pas de politique ni de stratégies garantissant que nous sommes effectivement antiracistes. Nous n’avons fait aucune analyse interne sur notre éventuelle contribution ou complicité au racisme que nous observons autour de nous. Nous n’avons entrepris aucune formation sur le racisme ou n’en avons pas fait une priorité en matière d’apprentissage. Notre travail vise à remédier aux conséquences de plusieurs siècles de racisme, et ce, depuis l’esclavage, le colonialisme, jusqu’au système économique inégal mondial actuel, mais il est également influencé par ces réalités.

Alors, avons-nous fait le travail nécessaire pour avoir le droit de faire une déclaration publique?

Ce qui suit provient d’une série de discussions menées à différents niveaux de notre organisation, dont certaines à titre privé et d’autres au niveau de la direction. Ces échanges ont conduit à la convocation d’une grande assemblée à laquelle ont participé 87 de nos collègues de 11 pays. Durant cette assemblée, nous avons évoqué l’impact des récents événements sur nous sur le plan personnel et professionnel. Nous nous sommes demandé si, et comment nous devrions exprimer nos opinions et nos engagements publiquement, et comment nous pouvions faire de Radios Rurales Internationales une organisation antiraciste.

Nous avons compris certaines choses. Notre personnel, aussi bien au Canada qu’en Afrique a diverses expériences. Les récents événements et les expériences en matière de racisme contre les Noirs ont mis les gens en colères. Ils sont inquiets pour eux-mêmes et leurs enfants, mais ils sont engagés à apporter des changements au sein de notre organisation et chez les personnes dont nous cherchons à améliorer les conditions de vie.

Il ne fait aucun doute que nous devons nous prononcer publiquement. Le silence nous rend complices. Nous devons nous montrer solidaires des mouvements de lutte contre le racisme. Les personnes blanches doivent s’engager à être de solides alliés. Nous devons nous regarder dans le miroir.

Il est rarement question de racisme dans le milieu du développement international. Pourquoi est-ce le cas? C’est peut-être parce que nous avions l’illusion que cela n’était pas nécessaire. Après tout, une partie de notre mandat quotidien est d’essayer de réparer, au moins d’une certaine manière, les torts d’un legs de siècles de racisme, d’une idéologie et d’un système qui justifiaient et étaient entretenus par le colonialisme, l’esclavage, la conquête, l’apartheid, et l’ordre économique mondial où les personnes très riches sont blanches (hommes). Peut-être que c’est à cause de l’idée même du développement international peut avoir une odeur de colonialisme, et cela nous met mal à l’aise.

Nous avons du travail à faire, et la rencontre de tout le personnel n’était qu’une première étape.

Voici ce que nous nous engageons à faire alors que nous entreprenons le travail de devenir explicitement antiraciste : 

  • Effectuer une analyse de notre travail, notre structure, nos approches et nos méthodes pour voir quels facteurs contribuent malencontreusement au racisme, et ceux qui pourraient être consolidés pour être antiracistes, et appliquer ces changements par la suite.
  • Utiliser une méthode participative pour développer une politique antiraciste rigoureuse.
  • Renforcer les connaissances et les compétences du personnel et du conseil d’administration par des formations et des activités d’apprentissage et de désapprentissage continues.
  • Appuyer nos stations de radio partenaires en faisant la promotion de l’inclusion, la diversité et la compréhension interculturelle.

Notre mission consiste à faire de la radio une force du bien en Afrique rurale, une force qui permet le partage du savoir, amplifie les voix et fait la promotion du changement positif. Nous manquerions à nos responsabilités si nous n’appliquons pas cela maintenant.

Le mouvement « Black Lives Matter » est là à présent et existe depuis plusieurs années. Nous le voyons, ainsi que d’autres mouvements de lutte contre le racisme, comme une force importante pour un changement systémique, et une initiative à laquelle tout le monde est invité à prendre part et à défendre dans nos vies et notre travail. Nous sommes reconnaissants pour cet appel à l’action, et nous savons que c’est un travail de longue haleine. Au Canada, les peuples Autochtones et les Premières nations vivent un combat semblable contre le racisme et la brutalité policière. En tant qu’organisation fondée au Canada et ayant son siège au Canada, nous reconnaissons que nous avons beaucoup à apprendre de ces communautés. Nous savons également que le racisme rejoint d’autres formes de discrimination, y compris le genre, et nous devons tenir compte de cela à l’avenir. Nous devons poursuivre ce travail à long terme, avec une énergie et une détermination renouvelées.

Aujourd’hui, nous vous encourageons tous et toutes à soutenir les organisations dirigées par des Noir(e)s qui luttent contre le racisme et appuient des personnes noires et les personnes racisées. Par exemple ce pourrait être votre comité local « Black Lives Matter » ou une organisation qui fait un travail similaire.

Pour notre part, nous pensons à des organisations comme le Canadian Association of Black Journalists qui s’emploie à promouvoir le travail des journalistes et des professionnels des médias Noirs au Canada.

S’il nous arrive de commettre des erreurs en cours de route, nous espérons que nos collègues, nos donateurs(rices), notre conseil d’administration et les personnes qui lisent la présente nous tiendrons pour responsable.

Black lives matter. (Les vies des Noirs comptent)