Depuis la découverte de gisements de pétrole dans l’ouest de l’Ouganda en 2006, l’intérêt pour l’exploitation pétrolière a eu un impact considérable sur les communautés de la région. Beaucoup de communautés risquent d’être déplacées, ce qui aura des conséquences particulières pour les groupes vulnérables comme les femmes et les enfants, ainsi que toutes les personnes qui vivent de la terre.

C’est la raison pour laquelle l’ONG Association nationale des environnementalistes professionnels (NAPE) a créé l’Uganda Community Green Radio en 2014.

Plusieurs stations de radio de la sous-région de Bunyoro sont des stations commerciales qui s’emploient à attirer beaucoup d’auditeurs et maximiser leurs profits. Le personnel de la NAPE savait pertinemment qu’en dépit des problèmes auxquels sont en proie les femmes, leurs voix restaient inaudibles, leurs histoires n’étaient ni racontées ni rapportées.

Par conséquent, il a créé l’émission des femmes Nyinabwenge pour amplifier les voix des femmes rurales, afin qu’elles soient entendues pour être impliquées dans les prises de décisions et la protection des droits de propriété, améliorer la sécurité alimentaire et combler les écarts entre les hommes et les femmes.

Cette émission a remporté l’édition 2020 du Prix Liz Hughes pour Radios Rurales au féminin en reconnaissance de son effort à amplifier les voix des femmes et aborder les questions d’égalité de genre à l’échelle locale.

« La radio a transformé la vie de plusieurs femmes. »

Norah Bahongye, membre du club d’écoute Kigaaga

Les finalistes, cette année, étaient RTB Gaoua (Burkina Faso), Radio Munyu (Burkina Faso), Radio Kwizera (Tanzanie), Kitulo FM (Tanzanie) et Fana Broadcasting Corporation (Éthiopie).

L’émission Nyinabwenge passe le samedi soir pendant deux heures. C’est un moment qui convient aux femmes rurales, souvent occupées durant la journée.

L’émission est diffusée dans les langues locales, avec Precious Naturinda comme animatrice principale et reporter, Sara Kyeyune comme coanimatrice, Julius Kyamanywa comme chef des programmes et Allan Kalangi comme le chef de toute la station.

Les radiodiffuseurs abordent des questions importantes pour les femmes rurales de la région, y compris l’agriculture, la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire, la violence conjugale, la santé et les problèmes sociaux.

Cette émission radiophonique aide les femmes à être confiantes, en enregistrant leurs voix et en les invitant à l’émission. Les femmes la considèrent comme un cadre sûr pour discuter des problèmes sans crainte, et une tribune où elles peuvent demander des comptes à leurs responsables.

Norah Bahongye est membre du club d’écoute Kigaaga, à Kabaale, un village du district de Hoima. Elle affirme être heureuse de pouvoir écouter son émission de femme préférée, Nyinabwenge, le samedi soir, lorsqu’elle a terminé ses corvées de la journée.

Elle ajoute : « La radio a transformé la vie de plusieurs femmes. J’ignorais qu’en tant que bahongye, une paysanne rurale, je pouvais passer à la radio. Je remercie la direction de la station de travailler à amplifier [les voix des] femmes. J’ai des connaissances traditionnelles sur l’agriculture, comme les meilleures méthodes de sélection des semences et de lutte contre les ravageurs, dont j’ai parlé à la radio, et les gens viennent même me voir pour apprendre. »

L’émission tente de changer les mentalités sur les rôles des hommes et des femmes. Les radiodiffuseurs invitent des experts en genre, des femmes leaders et d’autres personnes qui sont une source d’inspiration pour expliquer comment les femmes et les hommes peuvent pratiquer différentes activités, quel que soit leur sexe.

Dans cette région, les femmes sont considérées comme « devant être à la cuisine, et les hommes à la grande table. » Certaines femmes craignent de participer aux réunions communautaires. Lorsqu’elles y vont, elles manquent souvent de confiance pour s’exprimer. Les hommes sont vus comme les décideurs et les propriétaires terriens, et les femmes comme des utilisatrices de la terre. Le travail des femmes n’est pas valorisé et elles n’ont souvent pas droit aux bénéfices de ce qu’elles cultivent.

Toutefois, les radiodiffuseurs de l’Uganda Community Green Radio pensent qu’ils peuvent faire la différence en enregistrant des voix de femmes qui relatent leurs histoires personnelles et en invitant des femmes autonomes à venir expliquer comment elles ont changé leur statu quo.

Les clubs d’écoute des femmes encouragent les femmes à parler des émissions de la station en groupe, et permettent même aux femmes d’acquérir de la confiance pour contribuer aux émissions.

Même si l’émission Nyinabwenge amplifie les voix des femmes, les hommes y sont également représentés. Ils parlent d’égalité de genre et encouragent leurs camarades hommes à avoir un point de vue différent sur les femmes et leurs contributions à l’agriculture, la famille et la communauté. L’émission a reçu des hommes qui condamnaient les hommes qui refusent le droit de propriété aux femmes. Elle a également reçu des parents qui lèguent des biens à leurs filles, et des hommes qui condamnent ceux qui vendent les récoltes de leurs épouses. On y trouve des entretiens où on explique aux hommes comment ils peuvent participer aux travaux non rémunérés des femmes, y compris la cuisine, le ménage et la corvée de l’eau ou du bois de chauffe.

Precious Naturinda, animatrice principale et reporter.

 

Penina Ruhindi est un autre membre du club d’écoute Kigaaga. Selon elle, les membres du club mettent en pratique les leçons apprises à la radio :

« Quand nous écoutons, nous réfléchissons à notre communauté et identifions les problèmes qui ont été abordés. Nous essayons ensuite de trouver des solutions. Comme actuellement, nous nous engageons personnellement en tant que membre du club d’écoute à encourager les femmes à prendre confiance et à parler des problèmes qui les touchent et à défendre leurs droits. Nous encourageons les femmes à s’exprimer à la radio. En tant que femmes, nous avons commencé à pratiquer la plantation d’arbres de délimitation pour défendre nos terres contre ceux qui veulent accaparer celles-ci. »

 


Le Prix Liz Hughes pour Radios Rurales au féminin est un prix décerné par Radios Rurales Internationales en guise de récompense pour les émissions radiophoniques qui abordent l’égalité de genre et donnent aux femmes rurales la possibilité de partager leurs voix. Le jury de cette année était formé par Nora Young, journaliste à la chaîne anglaise de Radio Canada (CBC) et membre du conseil d’administration de RRI; Rita Houkayem, spécialiste en genre à Affaires mondiales Canada; Doug Rushton, ancien journaliste à CBC; et Andréa Bambara, Représentante pays de RRI au Burkina Faso.