Une communauté agricole au centre du Ghana profite des tecks plantés il y a trois décennies

Gloria Owusua constate elle-même les avantages de la plantation des tecks.

L’agricultrice de 27 ans et mère de trois enfants aimerait un jour envoyer sa fille cadette à l’école d’infirmières. Mais pour ce faire, elle a besoin de plus de pluie pour réussir à cultiver et vendre ses produits agricoles.

« Les tecks nous aident beaucoup avec les précipitations, » a-t-elle déclaré.

Gloria vit à Mem, une collectivité située à cinq kilomètres d’Atebubu, dans la région Est de Bono, au Ghana. Ses habitants sont surtout des agriculteurs et des agricultrices qui dépendent des rendements agricoles pour subvenir à leurs besoins et gagner leur vie.

Cela signifie qu’ils sont particulièrement vulnérables aux changements qui se produisent dans leur environnement, notamment des changements qui pourraient nuire à leurs récoltes. Avant l’adoption d’une mesure d’atténuation en 1991 pour la plantation de tecks, des vents forts déchiraient la collectivité, détruisaient les cultures et leurs maisons sans distinction.

Désormais, plus de 30 ans plus tard, les arbres ont atteint leur pleine hauteur et bloquent avec succès la majeure partie des tempêtes.

Et ce n’est pas tout. Les tecks font partie d’un plan à long terme pour traiter d’autres problèmes également, y compris les sols infertiles et les vagues de chaleur caniculaire qui prévalent de septembre à mai.

Les tecks ne sont pas indigènes au Ghana, mais le gouvernement ghanéen les présente comme une solution à de nombreux problèmes environnementaux.

Philomina Kakuwa en chemin vers le puits d’eau communautaire à Mem.

Un teck mature a une voûte qui protège le sol en dessous du soleil impitoyable de la saison sèche, et transforme le tapis forestier en un habitat riche en éléments nutritifs pour d’autres plantes.

En plantant beaucoup de ces arbres près de la collectivité, Mem bénéficie de plus d’ombre et de protection contre le vent et, selon les membres de la communauté, de plus de précipitations. Cela a été si bénéfique que les membres de la communauté ont commencé à planter d’autres arbres autour de leurs habitations, y compris les manguiers et les anacardiers.

L’augmentation de la teneur en humidité du sol se révèle vitale, car plusieurs communautés agricoles au Ghana sont confrontées à des saisons pluvieuses plus courtes et incertaines. La plantation de ces arbres constitue une solution fondée sur la nature qui applique les connaissances du contexte local aux problèmes actuels.

Samuel Owusu est un agriculteur et homme d’affaires de 38 ans qui est né à Mem et qui y a presque toujours vécu.

« Les arbres sont particulièrement utiles pour mes champs parce que nous avons la sécheresse partout, mais pas autant ici, » déclara-t-il.

Samuel, qui a trois enfants, cultive actuellement du maïs, du haricot, des aubergines, du gombo et du manioc. Sans pluie, ses cultures ne peuvent pas se développer.

Gloria Owusua (27) est une agricultrice et mère de trois enfants dans la collectivité de Mem.

Et sans cultures, la communauté ne peut pas effectuer les ventes nécessaires dont elle a besoin pour subvenir à ses besoins. Pour Gloria, ces ventes impliquent un investissement dans l’avenir.

« Le revenu de la vente de mes récoltes est réinvesti dans l’agriculture et l’éducation des mes enfants. En effet, je leur ai acheté des uniformes, et d’autres articles de première nécessité que les enseignants me demandent d’acheter, » a déclaré Gloria.

Bien que les arbres atténuent les sécheresses, Gloria et Samuel ont affirmé qu’il arrive parfois que Mem traverse des périodes sans pluie à cause du changement radical du climat, qui est plus perceptible en saison sèche.

« Durant cette période, l’écoute de l’émission de radio nous aide beaucoup […] la radio permet de rappeler aux gens de ne pas se précipiter pour cultiver, » a déclaré Samuel. « Elle leur dit d’attendre un peu, car la pluie qui tombe à ce moment ne suffit pas pour cultiver. »

Cette émission de radio, connue comme une émission agricole, fait partie de plusieurs qui sont réalisées avec la contribution de Radios Rurales Internationales Ghana pour aider les agriculteurs et les agricultrices locaux à cultiver avec succès.

La station de radio qui diffuse leur émission, Atoobu, est également en train de réaliser un documentaire radiophonique sur Mem afin d’apporter plus d’éclairage sur les solutions fondées sur la nature mises en œuvre par les habitants de la région.

Malgré les défis climatiques actuels, la combinaison du travail ardu et des solutions fondées sur la nature permet aux agriculteurs et aux agricultrices comme Samuel et Gloria de rêver d’un avenir meilleur.

« Je rêve un jour de devenir une grande dame dans l’agriculture et de posséder également beaucoup d’exploitations agricoles. Comme d’autres le font, comme les hommes, » a-t-elle déclaré.

Qu’est ce qu’une solution fondée sur la nature?
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) définit les solutions fondées sur la nature comme « des actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes qui répondent aux défis de la société de manière efficace et adaptative tout en bénéficiant aux personnes et à la nature. » Bref, ce sont des façons de travailler avec la nature et d’apprendre d’elle pour s’adapter au changement climatique.


À propos du projet
Le projet « À l’antenne pour des solutions fondées sur la nature et l’égalité des genres » est un projet quinquennal dirigé par Radios Rurales Internationales en partenariat avec le gouvernement du Canada, qui utilisera des émissions de radio à fort impact pour travailler avec les communautés locales au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Ghana, en Ouganda et en Zambie afin de trouver, partager et promouvoir des solutions locales fondées sur la nature et d’amplifier ces solutions auprès d’un réseau de 3 500 radiodiffuseurs et radiodiffuseuses dans 38 pays africains afin qu’elles puissent être répliquées sur tout le continent.


À propos de l’auteur
Manuel Baechlin a été journaliste stagiaire volontaire pour le compte de Radios Rurales Internationales au Ghana durant l’été 2023 pour notre projet sur les solutions fondées sur la nature face au changement climatique.